Renoir : les premières rencontres

Frédéric Bazille devant son chevalet 1867 Paris, Musée d’Orsay

Frédéric Bazille devant son chevalet 1867 Paris, Musée d’Orsay

En 1862, Renoir est reçu à l’Ecole des Beaux-arts, 68ème sur 80, il y suit des cours du soir. Il est enfin peintre mais la vie est difficile, il faut se loger, manger et payer atelier et modèles. Dans la journée, il travaille dans l’atelier du peintre Charles Gleyre aux côtés de Monet, Bazille et Sisley.

En 1863, Renoir se rend avec Monet au « Salon des refusés », ils s’enthousiasment devant Le Déjeuner sur l’herbe, et reconnaissent en Edouard Manet un frère d’armes.

Lorsqu’au début de l’année 1864, Gleyre prend sa retraite, Renoir et ses compagnons décident de poursuivre seuls.

Diane chasseresse 1867 National Gallery of Art, Washington

Diane chasseresse 1867 National Gallery of Art, Washington

Au printemps, Monet emmène ses compagnons à Chailly en Brière sur les traces des peintres de Barbizon, dans la forêt de Fontainebleau faire des études d’après nature.

La même année Renoir présente au Salon sa première toile : Esméralda dansant avec sa chèvre, qui est acceptée. Diaz, un des peintres de Barbizon lui ayant déconseillé l’utilisation de mélange à base de bitume, il détruit le tableau. Renoir et Diaz de la Peña se lient d’amitié et le jeune artiste bénéficie des conseils avisés et de l’aisance matérielle de son aîné.

Au cours de l’été 1865, Renoir et Sisley descendent la Seine en bateau jusqu’au Havre où se déroulent des courses de voiliers, ces régates deviennent leur thème favori. Il envoie au Salon : un portrait, celui du père de son ami Sisley et Soirée d’été.

Lise à l’ombrelle 1867 Folkwang  Museum, Essen, Allemagne

Lise à l’ombrelle 1867 Folkwang Museum, Essen, Allemagne

Les premières œuvres importantes de Renoir : Nature morte, arums et plantes de serres (1864) montrent l’influence de Courbet et de Delacroix mais elle sera éphémère. De ses peintres préférés Renoir tire de riches enseignements mais n’en subit pas pour autant d’influence durable. A partir de 1864 il travaille à Paris et aux alentours, peignant des portraits et des paysages.

Le Ménage Sisley 1868 Cologne, Wallraf Richard Muséum

Le Ménage Sisley 1868 Cologne, Wallraf Richard Muséum

Portrait de Mademoiselle Romaine Lacaux (1864), La Dame au piano (1865), Bouquet de fleurs (1866), Lise cousant (1886).

Renoir passe le plus clair de son temps à Marlotte, petit village près de Fontainebleau ou son ami Jules Lecœur, peintre lui aussi, possède une petite propriété. C’est là qu’il peint : Le Cabaret de la mère Anthony (1866), rendez vous des futurs impressionnistes, tableau refusé au Salon de 1866.

Clown au cirque 1868 Roller-Muller State Museum, Oterlo, Pays Bas

Clown au cirque 1868 Roller-Muller State Museum, Oterlo, Pays Bas

L’année 1867 voit Renoir réaliser les premières œuvres destinées à connaître la célébrité : Portrait de Frédéric Bazille (1867), et des paysages comme : Le Pont des Arts, Paris (1867). Le jury du Salon rejette : Diane chasseresse (1867), ce très beau nu évocateur des mythes antiques ne convainc pas, la tenue d’une Exposition universelle cette année là à Paris renforce la sévérité des sélections. Au cours de l’été, il plante de nouveau son chevalet dans la forêt de Fontainebleau. Le jury accepte en 1868 Lise à l’ombrelle (1867).

Chez Jules Lecœur, Il fait un jour la connaissance de Lise Tréhot qui sera son modèle préféré jusqu’en 1870, c’est elle qui figure dans le tableau Lise à l’ombrelle (1867) exposé au salon de 1868, acheté par le critique Théodore Duret en même temps que En été (Lise ou La bohémienne) (1868). Lise à l’ombrelle suscite un commentaire très positif de la part d’un jeune journaliste, Émile Zola, cependant globalement la critique est mauvaise, et de nombreuses caricatures paraissent dans la presse.

La Grenouillère 1869 The Pushkin Museum of Fine Arts, Moscou, Russie.

La Grenouillère 1869 The Pushkin Museum of Fine Arts, Moscou, Russie.

La Grenouillère 1869 National Museum, Stockholm

La Grenouillère 1869 National Museum, Stockholm

Pierre Auguste Renoir découvre Chatou et ses berges lors d’une promenade avec le Prince Bibesco, un familier du restaurant Fournaise en 1868. Avec Claude Monet, il plantera son chevalet au café flottant de la Grenouillère à 2 Km de Chatou. En 1868, les opposants ne désarment pas et continuent de mener la vie dure au jeune peintre. Son admission au Salon les trois années suivantes ne sauvera pas Renoir de la pauvreté, ses économies ont fondu depuis longtemps. Son ami Bazille l’héberge dans son atelier et pour gagner quelques sous, ils peignent tous deux des cartes postales.

Vase de roses 1870-1872 London, Private Collection Lefevre Fine Art Ltd.

Vase de roses 1870-1872 London, Private Collection Lefevre Fine Art Ltd.

A Paris, sous « l’autorité morale » de Manet, Renoir et ses jeunes amis se retrouvent le soir au café Guerbois rue des Batignolles, nombreux sont ceux qui désormais les appellent le « groupe des Batignolles ». Tous passionnés, ils se considèrent comme des artistes incompris en lutte pour imposer de nouveaux principes artistiques, la principale cible de leur discussion : le Salon.

Renoir n’aime pas s’éterniser dans des discussions théoriques même s’il apprécie particulièrement la présence de Degas et Monet.

Le ménage Sisley (1868), En Eté (Lise ou La bohémienne (1868), Femme dans un jardin (1868).

La Baigneuse au griffon 1870 Museu de Arte Moderna,  Sao Paolo,  Brazil.

La Baigneuse au griffon 1870 Museu de Arte Moderna, Sao Paolo, Brazil.

Les artistes fréquentent pourtant les lieux de la vie nocturne et les cirques représentent, à cette époque, des places importantes de divertissement, bien ancrées dans le paysage urbain comme le Cirque Fernando ouvert en 1897 : Clown au cirque (1868).

Odalisque ou Femme d’Alger 1870 Wahsington, National Gallery of Art

Odalisque ou Femme d’Alger 1870 Wahsington, National Gallery of Art

L’eau, la lumière et le canotage sont les thèmes qui marquent la maturité du mouvement impressionniste. Chatou et ses environs entrent à tout jamais dans l’histoire de la peinture. Pendant près de 15 ans, de 1868 à 1884, Renoir y résidera régulièrement pour peindre.

Malgré d’innombrables difficultés, jamais sa peinture ne reflètera la misère matérielle permanente qui le prive parfois de tubes de couleurs, comme Pissarro et Sisley qui luttent âprement pour survivre, ses toiles sont toujours remplies d’images gaies et lumineuses.

Le Salon de 1870, dernier du second empire voit de nombreux impressionnistes acceptés, Renoir expose deux tableaux : La Baigneuse au griffon (1870) et Odalisque ou Femme d’Alger (1870).

Femme Algérienne  (Clémentine Stora) 1870 Fine Arts Museum of San Francisco

Femme Algérienne (Clémentine Stora) 1870 Fine Arts Museum of San Francisco

Si la presse n’est pas tendre pour Manet, Bazille, Pissarro et Degas recueillent quelques louanges. A la clôture de l’exposition le 20 mars, Cézanne est ovationné quand il vient retirer ses deux toiles au Palais de l’industrie.

A la déclaration de guerre, Renoir est mobilisé dans les chasseurs à cheval, de juillet à mars 1871, il est d’abord envoyé à Tarbes puis à Libourne, là, il tombe sérieusement malade et sur l’intervention de son oncle est ramené à Bordeaux pour y être soigné.

Tête de chien 1870 Wahsington DC, The National Gallery of Art

Tête de chien 1870 Wahsington DC, The National Gallery of Art

Renoir est indifférent à tout ce qui n’est pas la peinture mais il lui faut attendre la fin de la guerre pour retrouver ses amis Monet et Pissarro, Bazille manque à l’appel, il a été tué au combat.

La capitulation de Napoléon III sonne le glas de l’Empire, la République est proclamée. Renoir est démobilisé et retourne à Paris avec de fréquents séjours chez ses parents à Louveciennes. On est alors en pleine « Commune » et c’est miracle que rien ne lui arrive. La Promenade (1870), La Femme à la perruche (1871, Vase de roses (1870-1872).

La Promenade  1870 Paul Getty Foundation, Malibu, Etats Unis

La Promenade 1870 Paul Getty Foundation, Malibu, Etats Unis

Le retour à la paix voit Monet, Pissarro, Cézanne et Sisley repartir dans la campagne, seul Renoir tout en travaillant dans les environs reste à Paris.

Le Pont-neuf 1872 Wahsington, National Gallery of Art

Le Pont-neuf 1872 Wahsington, National Gallery of Art

Car la capitale présente pour lui autant de charme qu’un champ de coquelicots et offre en plus l’attrait d’une animation joyeuse, de cette vie animée et pittoresque qu’il aime peindre. L’autre raison, vitale, c’est qu’il peut y trouver des commandes de portraits, rencontrer des collectionneurs qui s’intéressent au groupe et trouver des modèles. Son attachement à la capitale ne l’empêche cependant pas de la quitter fréquemment pour rejoindre son ami Monet à Argenteuil.

Renoir qui « tire le diable par la queue » plus souvent qu à son tour vend : La Promenade (1870) pour 1 200 francs, cette somme importante lui permet non seulement de louer un nouvel appartement avec atelier mais aussi de se lancer dans de nouvelles compositions plus personnelles que les habituels portraits de commande.

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