L’escadrille Normandie-Niemen

Groupe de chasse n°3 des Forces Aériennes Françaises Libres – 1942

NormandieLe 16 janvier 1942, le général de Gaulle émet le souhait de voir une unité de chasse française combattre aux côtés des russes, et en fait part au général Petit, chef de la mission militaire française à Moscou. Après bien des vicissitudes, et grâce à la ténacité du général de Gaulle, les soviétiques approuvent enfin, en juin 1942, le projet de l’envoi en Russie d’un groupe de chasse des Forces Aériennes Françaises Libres. Le 10 juillet 1942, le général Valin reçoit l’ordre de constituer le groupe de chasse n°3 à partir d’éléments volontaires prélevés en Grande-Bretagne, en Outre-mer et dans les états du Levant (Syrie et Liban).

Normandie Niemen 1969Le groupe de chasse n° 3 voit officiellement le jour le ler septembre 1942 sur la base de Rayak au Levant, constitué d’un noyau dur issu du groupe de chasse n°1 « Alsace ». La liste des soixante deux pilotes et spécialistes est communiquée aux soviétiques avec en tête des français libres de longue date, les commandants Pouliquen et Tulasne, ainsi que le capitaine Littolf. Après une longue discussion, le groupe adopte la dénomination de « Normandie », il était d’usage dans les F.A.F.L. de donner à chaque unité un nom de province. Son insigne consiste en « deux léopards sur fond de gueules ».

Signature de Jacques André

Les éléments précurseurs partent pour Téhéran le 12 octobre 1942 préparer le transit vers l’union soviétique. Les aviateurs français occupent leurs loisirs avec des cours de langue russe et c’est par DC-3 qu’ils sont acheminés jusqu’à Bagdad, d’où ils prennent le train jusqu’en Iran. Quatre avions de transport russes décollent de l’aéroport de Téhéran le 2 décembre 1942 avec à leur bord le groupe de chasse « Normandie » à destination d’Ivanovo à 250 km au nord de Moscou.

Aspirant André Balcou

L’aspirant André Balcou arrive au « Normandie » le 9 août 1943, il est tué en combat aérien le 20 septembre 1943 dans la région d’Ielna (URSS). Billet de loterie.

Aussitôt installés, les Français commencent leur entraînement sur avions russes, d’abord sur biplan Polikarpov U-2, ensuite sur Yak-7 à double commande pour ensuite voler en solo sur le chasseur Yak-1. L’adaptation des pilotes aux avions russes ne se fait pas sans difficultés, mais seul un Yak-1 est détruit pendant cette période. Le 22 février 1943, le commandant Pouliquen, appelé à d’autres fonctions, passe le commandement au commandant Tulasne. Le 14 mars, l’entraînement est terminé, le général soviétique Levandovitch et le général Petit jugent après une inspection poussée que le groupe est prêt à entrer en opération. Le 22 mars, treize des quatorze Yak-1 du « Normandie » s’envolent pour une base proche du front, Monkounino à 20km au nord de Kalouga.

1943 – Une meurtrière campagne d’été

Bombardier Petlyakov Pe-2

Bombardier Petlyakov Pe-2

La première mission de guerre a lieu le 5 avril 1943, deux patrouilles doubles escortent des bombardiers Petlyakov Pe-2 dans la région de Smolensk.

Combat Yak-9 et Ju-88

Combat entre un Yak-9 russe et un Junkers Ju-88 allemand – P.A.n°80

Attaqués par deux chasseurs allemands Fw-190, les Pe-2 sont secourus immédiatement par le lieutenant Préziozi et son ailier Durand qui abattent chacun leur avion. Ce sont les premières victoires de « Normandie » sur le front russe.

Une semaine plus tard, le 13 avril, le groupe de chasse connaît ses premières pertes, il enregistre trois victoires mais les lieutenants Derville et Poznianski et l’aspirant Bizien sont portés manquants.

Yak-9 Le Père Magloire

Yak-9 « Le Père Magloire » du lieutenant Marcel Lefèvre, commandant de la 3ème escadrille, 11 victoires homologuées. Décédé de ses blessures le 5 juin suite au crash de son avion à Toula le 28 mai 1944. Héros de l’Union soviétique.

Durant tout l’été 1943, les combats se succèdent, renforcé par six nouveaux pilotes sous les ordres du capitaine Pouyade, l’escadrille participe à l’immense bataille d’Orel consécutive à l’offensive allemande sur Koursk. Le palmarès du « Normandie » s’étoffe au prix de nouvelles pertes avec le 17 juillet, la mort en combat aérien de son chef emblématique, le commandant Tulasne.

Lieutenant Marcel Lefèvre

Entier postal de la poste aérienne russe à l’effigie du lieutenant Marcel Lefèvre avec le blason de l’escadrille, l’insigne des pilotes de chasse et les Yak-3 au nez bleu-blanc-rouge de l’escadrille Normandie-Niémen.

Peu après avoir remporté sa trentième victoire, le groupe est envoyé au repos; sur les trente six pilotes du départ, vingt ont été tués ou sont portés disparus, un est en convalescence pour blessure. Retirés de la ligne de feu, les français sont ré-équipés d’un nouvel appareil : le Yak-9. L’escadrille, renforcée par six nouveaux pilotes est de nouveau engagée, le 18 août elle participe à l’offensive russe dans la boucle d’Ielna et ensuite à la bataille de Smolensk. Le premier septembre, le sous-lieutenant Durand, titulaire de onze victoires est porté manquant.

1944 Le régiment « Normandie »

Depuis le mois d’avril, les aviateurs français ont détruit soixante douze avions allemands et neuf probables pour la perte de 21 pilotes et quatre autres blessés. À bout de résistance physique et nerveuse, ils sont retirés en octobre des opérations actives.

Le 1er janvier 1944, le G.C.3 prend officiellement le nom de régiment de chasse. Les effectifs de cette formation à quatre escadrilles doivent êtres portés à quarante deux avions de combat. Renforcé de décembre 1943 à mai 1944 par cinquante deux volontaires, le régiment commandé par le lieutenant-colonel Pouyade compte rapidement trois escadrilles :

Iliouchine Il-2 "Stormovik"

Iliouchine Il-2 « Stormovik » avion d’attaque au sol

• la 1 ère escadrille « Rouen » commandée par le lieutenant Albert,

• la 2ème « Le Havre » par le lieutenant Mourier,

• la 3ème « Cherbourg » par le lieutenant Lefèvre.

La 4ème « Caen » sera créée en avril sous les ordres du capitaine Challe. Quand il repart au combat au mois de juin, le régiment de chasse compte cinquante et un avions de guerre, deux d’entraînement, deux à double commande et deux de liaison.

Signature Pierre Lorillon

Signature de Pierre Lorillon, pilote de chasse, arrivé au « Normandie » le 8 mai 1944, titulaire de 5 victoires homologuées et 3 en collaboration.

Le 25 mai 1944, le « Normandie » est intégré dans la 303ème division de chasse de la 1ère armée aérienne et fait mouvement aussitôt pour Doubrovka. Trois jours après, le lieutenant Lefèvre, commandant de la 3ème escadrille est victime d’un accident et décède à l’aube du 6 juin, il est remplacé par le capitaine Matras. Il ne reste alors que six pilotes vivants parmi ceux qui se posèrent à Ivanovo en décembre 1942.

Combat Yak-3 et Me-109

Combat entre un Yak-3 russe et un Messerschmitt Me-109 allemand. N°72

La grande offensive d’été russe se déclenche en Biélorussie fin mai sous le commandement du général Tchemiakovski, les combats font rage au dessus du front et le régiment enregistre de nouvelles victoires mais perd de pré-cieux pilotes. Engagé du 8 juillet au 5 août dans la bataille pour le franchisse-ment du Niémen, le régiment de chasse échange progressivement ses Yak-9 contre des Yak-3. Cet appareil est probablement le meilleur des chasseurs soviétiques, il n’équipe, à cette époque que les escadrilles d’élite de l’Armée rouge. Avec cet avion, les pilotes français reçoivent l’ordre d’interdire à l’ennemi, l’espace aérien entre le Niémen et la voie ferrée Istenburg-Kaunas. Le 16 octobre débute l’offensive contre la Prusse orientale, le « Normandie » accomplit ce jour là cent missions sans pertes et son palmarès s’accroît de 29 victoires sûres, une probable et deux avions endommagés. Le 20 octobre, Marcel Albert signe la 200ème victoire de l’unité.

1944 — « Normandie » devient « Normandie-Niémen »

Normandie 1942-1945Cité à l’ordre du jour par le maréchal Staline le 23 octobre 1944, l’unité est autorisée à ajouter le titre de régiment du Niémen à sa dénomination ini-tiale, ainsi naît officiellement le 28 novembre 1944 le régiment « Normandie-Niémen ». Les lieutenants Albert et De la Poype sont promus Héros de l’Union soviétique. Passée en revue à Moscou par le général de Gaulle alors en voyage officiel en Union soviétique, l’escadrille revient en Prusse orientale en attente de la prochaine offensive russe.

GC 3Elle démarre le 13 janvier 1945, mais les avions ne peuvent décoller pour appuyer les troupes au sol. Le lendemain, les conditions atmosphériques s’améliorent et tous les avions disponibles au « Normandie-Niémen » sont en l’air, le palmarès de la journée témoigne de l’activité des pilotes français : six victoires sûres, trois probables et un endommagé. En janvier, ce sont 49 avions adverses qui sont abattus et une quinzaine endommagés. Pendant les mois de février et mars, les escadrilles appuient les troupes au sol du 3eme front de Biélorussie qui investissent la ville de Königsberg. Avec la reddition de la ville et la prise de la citadelle de Pillau, les opérations aériennes s’arrêtent progressivement. La capitulation allemande du 8 mai 1945 met fin aux combats.

1945 — L’entrée dans la légende

Yakovlev Yak-3

Le Yakovlev Yak-3 fait son apparition sur le front de l’Est en août 1943. L’avion représenté est l’appareil du sous-lieutenant Albert Lebras, 3 victoires homologuées et 1 probable en 82 missions de guerre. Carte Postale.

Le 9 juin 1945, Staline autorisait les pilotes du « Normandie-Niémen » à rejoindre leur terre natale avec les Yak qu’ils avaient menés au combat. Partis le 15 juin de Russie, le régiment tout entier transite par Posen et Prague avant de faire escale le 17 à Stuttgart. Le 20 juin, après un court arrêt à Saint-Dizier, les trente sept Yak-3 du groupe de chasse N°3 des F.A.F.L. roulent sur la piste du Bourget. La France entière, grâce aux journaux, à la radio et au cinématographe, découvre qu’une poignée d’aviateurs français vient de combattre aux côtés des russes pendant plus de deux ans.

De mars 1943 à mai 1945, les pilotes français ont livré 869 combats aériens au cours de plus de cinq mille sorties. Ils ont détruit 273 appareils ennemis. Les français ont laissé, en terre russe et en Allemagne, quarante deux des leurs (trente neufs morts en mission et trois autres en service aérien commandé). Cinq furent blessés et quatre faits prisonniers. Marcel Albert est le deuxième as français de la Seconde Guerre mondiale avec 20 victoires, Roger Sauvage, Louis Delfino (dernier commandant du régi-ment), Roland de la Poype et Albert Littolf, figurent dans les 15 meilleurs « chasseurs » de France.

Normandie 1942-1992

GC 3 - Normandie-Niémen

GC 3 – Normandie-Niémen

Article paru dans le n°131 du bulletin officiel de l’A.P.B. en novembre 2012.
Ecrit par Jean-Marc Desenclos, cet article n’est pas libre de droit.
Sa promotion est autorisée via ce blog mais pas son utilisation, ni sa modification sans l’autorisation de l’auteur.
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